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Mission à Nairobi-Slum de Dandora

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1 Mission à Nairobi-Slum de Dandora le Lun 31 Mai - 16:18

Mission à Nairobi
Kenya
23 mai 2010-29 mai 2010

Le slum de Dandora

Dans le cadre du programme JUGURTA (justice sociale-justice spatiale), les membres de l'équipe se sont rencontrés à l'IFRA pour mettre en commun les résultats de nos premières enquêtes et préparer les activités de l'année à venir. Outre les séances de travail, les collègues de l'Université de Nairobi et de l'IFRA ont organisé des visites sur site afin de mieux nous faire comprendre l'organisation spatiale de la capitale nationale (4 millions d'habitants), marquée par de profondes disparités socio-économiques entre les quartiers riches de l'Ouest (Karen Estate, par exemple), et les bidonvilles (slums) de la partie Est (Matharé Valley, Mukuru, Dandora) ou de la zone sud-ouest (Kibera).

Nous avons passé une journée complète à Dandora afin de rencontrer des groupes et des associations qui essaient de venir en aide à la population locale qui vit dans une situation d'extrême pauvreté et dans des conditions sanitaires particulièrement difficiles. En effet, le quartier de Dandora abrite environ 200.000 habitants qui vivent autour d'une gigantesque décharge où, chaque jour, 250 camions viennent décharger leur cargaison de déchets. Cette "manne" a été transformée en ressource économique pour les plus misérables, contraints de fouiller dans cette montagne puante pour en extraire ce qui peut encore être recyclé, sous le contrôle de gangs passés maîtres dans l'art de transformer la pourriture urbaine en shillings sonnants et trébuchants. Selon les membres de l'ONG Vision for Youth Talent Development Association, de 7.000 à 10.000 personnes (dont de très nombreux enfants) se consacrerait à ce travail dangereux, épuisant et très mal payé.



Au pied de la décharge de Dandora, d'énormes porcs se vautrent dans les ordures tandis que les chercheurs de trésor sont à la recherche de matériaux pouvant être revendus (cliché: Alain Musset, 26-05-2010).



L'océan d'immondices de la décharge vient lécher les murs des immeubles d'habitation situés sur sa lisière, dans le lisier, entre la rue et l'abîme (cliché: Alain Musset, 26-05-2010).


L'ONG Vision for Youth Talent Development Association (VYTDA) a été crée en 2006 par des jeunes du bidonville afin d'aider les enfants et les adolescents non scolarisés ou qui traînent dans la rue après la classe, pour leur éviter de tomber entre les mains des gangs et de se droguer. Les volontaires de l'association consacrent chacun deux heures par jour à développer des activités communautaires (sport, éducation artistique, nettoyage des rues...), alors qu'ils vivent eux-mêmes dans une situation économique précaire comme "self employed". Florence, mère de famille, est considérée comme la mère spirituelle de ce groupe composé de dix permanents et de 200 membres plus ou moins actifs. Elle n'hésite pas à intervenir auprès des parents pour leur donner des conseils fin de mieux élever leurs enfants et de leur permettre d'exprimer leurs dons naturels : "They have so many talents but they don't use them". Doreen est coiffeuse et donne des cours d'artisanat pour confectionner des petits bijoux (colliers, bracelets). Collins et Joshua sont fripiers et vendent des vêtements d'occasion. Pour les fêtes locales, ils animent des marionnettes géantes qui font la joie des enfants de la rue. Photographe de profession, Juma est aussi l'entraîneur des 17 équipes de foot-ball qui attirent non seulement les garçons mais aussi les filles du quartier. Le président de l'association (chairman) est Nyangolo, rastafarien convaincu pour qui la paresse est la mère de la pauvreté et qui fait tout son possible pour inciter les enfants de Dandora à trouver, grâce au travail, le chemin de la dignité. Son discours s'inscrit dans la lignée d'une pensée religieuse faisant de la pauvreté une sorte de pêché originel dont les victimes sont en partie responsables. Il assume donc son rôle de chairman comme une sorte de sacerdoce au service des plus démunis et des plus fragiles, en particulier les enfants exploités par les maîtres occultes de la décharge. Sans avoir lu Amartya Sen, Nyangolo est convaincu que la pauvreté empêche les habitants de développer leurs compétences (skills) — la réduction des capabilités (capabilities) étant pour Amartya Sen l'expression d'une société injuste.




L'équipe de Vision for Youth Talent Development Association, avec au centre le chairman Nyangolo, devant leur local de Dandora (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).


Pour faire face aux besoins éducatifs que le gouvernement ne parvient pas à combler, la communauté a mis en place une petite école primaire qui fonctionne en grande partie grâce au bénévolat ou à l'engagement citoyen de l'équipe enseignante, composée de quatre institutrices: Josephine, Eunice, Lois et Doris. Sunday, le directeur, est comptable dans le civil mais il consacre son temps libre et une partie de ses revenus à la survie de son école. Plus de 80 élèves du quartier fréquentent son établissement, composée de six classes minuscules situés de part et d'autre d'un étroit couloir.



Les élèves de la Imperial Junior School devant leur minuscule établissement (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).


Les paysages urbains de Dandora sont l'expression de la misère qui touche l'ensemble de la population. Cependant, on peut identifier différents types d'édifices qui traduisent d'assez grandes disparités socio-économiques entre les habitants les plus misérables et ceux qui ont les moyens de louer un appartement dans les immeubles qui émergent de la masse des taudis insalubres. L'importance de l'habitat consolidé dans cette zone très pauvre de la ville fait qu'on ne peut pas parler de véritable bidonville, contrairement à d'autres slums de Nairobi.



Les rues de Dandora ne sont pas asphaltées. Dès que la pluie tombe, la chaussée se transforme en marécage où les véhiculent ont du mal à circuler (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).



Au pied des immeubles s'étend tout un réseau de venelles envahies par les immondices et bordées par des baraques de tôle ondulée (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




Les plus pauvres adossent leurs logis aux bâtiments construits en dur, afin de leur garantir une meilleure stabilité
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




À de nombreux endroits, les rues sont coupées par des palissades. On ne peut passer que par une sorte de niche découpée au ras du sol. Comme dans les gated communities des quartiers riches, ces barrières sont destinées à assurer la sécurité des habitants
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




Les terrains non bâtis servent à la fois de dépotoir et d'espace de libre pâture pour les chèvres et les cochons
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




Sous les piliers de la ligne haute-tension se dresse la cahute des latrines servant aux maisons du voisinage
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




À l'intérieur de Dandora, le secteur commercial est surtout représenté par de minuscules boutiques vendant un nombre limité de produits - ici des fruits et légumes (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




La rue est aussi un espace de vente. Sur le devant de sa porte, un habitant de Dandora vend du charbon de bois dans des bidons de peinture (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).[/center]


Pour échapper à la misère, des groupes de femmes se sont constitués en associations et ont développé de nouvelles activités économiques. C'est le cas du Sure Women Group, composé de 20 membres qui se dédient à la confection de vêtements, de housses de coussin et de petits bijoux. Certaines d'entre elles sont veuves, d'autres ont dû affronter un mari violent ou alcoolique. Leur atelier-point de vente est installé dans un ancien conteneur, mais elles achètent leurs tissus dans le centre-ville de Nairobi, à River Road ou à Biashara street, la rue des grossistes, en majorité d'origine indienne.



Deux membres du Sure Women Group, avec Florence, la mère spirituelle du VYTDA, dans leur conteneur aménagé en atelier de couture et en boutique (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).


Le Two Sisters Group, fondé en 2006, regroupe 20 femmes qui se sont associées pour confectionner des uniformes scolaires destinés aux enfants du quartier. Elles vendent aussi des bougies, article particulièrement prisé dans une zone où les coupures d'électricité sont fréquentes. Leur boutique est plus rudimentaire puis qu'elle se compose d'une petite baraque en bois et en tôle ondulée adossée à une véritable maison.



Les membres du Two Sisters group devant leur boutique (cliché: Alain Musset, 27-05-2010).


Grâce à ses deux machines à coudre, le Destiny Women Group permet à ses 25 membres de broder des vêtements et des parures de table. L'association a été fondée en 1997. Les bénéfices réalisés permettent surtout aux familles de payer les funérailles de leurs défunts. En effet, elles sont en majorité d'origine Kikuyu et les frais de transports sont importants quand il faut procéder aux enterrements dans cette province éloignée de Nairobi. Quand les unes travaillent sur les machines, les autres vont vendre les tissus brodés à l'intérieur du quartier et au-delà, si cela est possible.



Les membres du Destiny Women group dans leur atelier. En robe verte: Mary, la présidente de l'association
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




Le local du Destiny Women Group. Le loyer de cette cabane, partagée avec un salon de coiffure, est de 800 shillings par mois (environ 8 euros), ce qui est déjà une somme importante pour cette petite communauté
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).


Au cœur de Dandora, le Pamoja Ghetto Youth Centre regroupe 35 jeunes âgés de 17 à 30 ans. Fondée en 2008, l'association a pour but de développer des activités économiques permettant d'assurer un minimum de revenus à ses membres. Martin, le Chairman, est un artiste qui fait des peintures murales et des graphs dans la rue. En encourageant l'art sous toutes ses formes, le PGYC cherche à détourner les adolescents du quartier de la drogue et de la délinquance.



Le local du Pamoja Ghetto Youth Centre a été décoré par Martin et ses assistants. Tous les membres de l'association se cotisent pour payer le loyer de 1500 shillings par mois (15 euros) qui leur est réclamé par le propriétaire
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).




Le logo du Pamoja Ghetto Youth Centre symbolise les espérances de la communauté de Dandora car il s'agit d'éclairer le futur ("Light the future") des jeunes du quartier. Le mot ghetto, chargé de connotations négatives, a été détourné et converti en slogan mobilisateur: "Get Higher Education To Teach Others"
(cliché: Alain Musset, 27-05-2010).

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