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Honduras, un an après le coup d'Etat

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Honduras, un an après le coup d'Etat
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/06/28/honduras-un-an-apres-le-coup-d-etat_1380178_3222.html

Le 28 juin 2009, le président du Honduras, Manuel Zelaya, était renversé par un coup d'Etat alors qu'il voulait consulter la population afin de mofidier la Constitution en vue de pouvoir briguer un second mandat. Depuis lors, Porfirio Lobo a été élu président, sans la reconnaissance de la communauté internationale. Alain Musset, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et spécialiste de l'Amérique latine, revient sur ce premier anniversaire du coup d'Etat.

Quelle est la situation actuelle au Honduras, un an après le coup d'Etat ?

L'isolement du Honduras vis-à-vis de ses voisins proches, notamment le Nicaragua qui refuse de reconnaître le gouvernement, a eu un impact sur l'activité économique. D'où une baisse du PIB qui se répercute sur les populations pauvres. Bref, ce pays pauvre est devenu encore plus pauvre. Sur le plan politique, la répression sur les partisans de l'ancien président Zelaya est de plus en plus forte : on a ainsi rappelé des individus qui avaient participé à la chasse aux sorcières des sandinistes dans les années 1980. Du côté de l'opposition, on constate l'émerge d'un Front national de résistance, qui est une résurgence d'une gauche éradiquée dans les années 1980, et qui a peut-être vocation à se transformer dans le futur en parti politique. Ce Front a lancé un manifeste politique exigeant la justice sociale, la lutte contre le néolibéralisme et le pillage des ressources naturelles, et une nouvelle assemblée constituante pour changer la Constitution.

Quel est le sentiment des Honduriens vis-à-vis du régime politique actuel ?

La population a très peu d'informations sur la situation du pays, car les médias, faiseurs d'opinion, sont directement contrôlés par des groupes soutenant le pouvoir. Quant à l'accès à Internet, il est réservé à une élite. Par conséquent, il y a assez peu de mobilisation contre le nouveau président Porfirio Lobo : la propagande le présentant comme l'homme du consensus et de la réconciliation nationale marche plutôt bien. L'ancien président Zelaya n'était pas un grand leader de gauche, mais un élu du parti libéral qui s'est ensuite tourné vers Hugo Chavez ; il n'avait donc pas d'appui populaire.

La propagande a également fait croire que le coup d'Etat n'en était pas un...

Tout à fait. Officiellement, l'action des militaires était vouée à défendre la Constitution, c'était une action préventive contre Zelaya qui souhaitait la modifier pour briguer un second mandat. Or, la Constitution du Honduras n'a rien de sacré : c'est la quinzième du pays et elle date de 1982. Le principe de la non-réélection du chef d'Etat date lui de la Constitution de 1965, sur la demande des militaires. Cela peut paraître paradoxal, mais en empêchant le pouvoir civil de se pérenniser, les militaires assuraient la continuité du pouvoir. Il faut également bien noter qu'il ne s'agit pas ici d'un coup d'Etat classique : les militaires ont agi à la demande du pouvoir civil. L'Assemblée a ainsi voté à l'unanimité la destitution de Manuel Zelaya.

Les Etats-Unis ont appelé, par la voix d'Hillary Clinton, à réintégrer le Honduras dans l'Organisation des Etats américains (OEA). Comment interpréter cette position ?

Le rôle des Etats-Unis est intéressant. Les instigateurs du coup d'Etat pensaient avoir le soutien de Barack Obama. Or, ce dernier a dans un premier temps soutenu Manuel Zelaya. Les élites latino-américaines se sont senties trahies : comment les Etats-Unis peuvent-ils soutenir le camp d'Hugo Chavez et de Cuba ? La Maison Blanche a alors fait marche arrière en disant "on remet tout à plat en reconnaissant le vainqueur des élections présidentielles de novembre 2009, quel qu'il soit". Sauf que là, ce sont les pays qui soutiennent Zelaya, dont l'Argentine et le Brésil, qui se retrouvent trahis à leur tour ! Mais pour les Etats-Unis, Porfirio Lobo a été élu démocratiquement, et ils font donc pression sur l'OEA pour qu'il réintègre le Honduras. Bref, le pays est au cœur d'une ébullition diplomatique. Et qui en pâtit le plus ? Les populations vulnérables.

Chloé Woitier

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