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Ouverture à Paris du procès Noriega

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Ouverture à Paris du procès Noriega
RFI, Dossier, lundi 28 juin, 8H15

http://www.rfi.fr/france/20100628-ouverture-france-proces-manuel-noriega



Ouverture en France du procès de Manuel Noriega
Par Stefanie Schüler / Valérie Rohart

C'est un «client» inhabituel que la 11e chambre du Tribunal de Paris a vu arriver cette après-midi dans le box des accusés. Après vingt ans passés dans les prisons américaines, l'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega, âgé de 76 ans, comparaît lundi 28 juin devant la justice française pour le blanchiment en France de quelque 2,3 millions d'euros issus du trafic de drogue. Un délit qui pourrait lui coûter jusqu'à dix ans de prison.

Manuel Noriega est surnommé par ses détracteurs « cara de piña », « visage d’ananas » en Français. Ce surnom lui vient de sa jeunesse. « C’est un problème de véroles », explique Alain Musset, spécialiste de l’Amérique Latine à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. « Il a le visage marqué par ces boutons qui ne se sont jamais effacés. Manuel Noriega est né dans un quartier très pauvre dans la ville de Panama et n’a pas pu recevoir les soins nécessaires. Ce qui explique les cicatrices sur son visage. Ces marques sont devenues caractéristiques pour le personnage. D’ailleurs, même ses amis l’appellent cara de piña ».

L’homme fort du Panama pendant vingt ans

Pendant une vingtaine d'année, Manuel Noriega a été l’homme fort du Panama. Pourtant, rien ne le prédestine à ce destin particulier. C’est un homme tout à fait ordinaire, peu cultivé et sans charisme particulier. Formé dans une école militaire au Pérou, il ne s’y est pas particulièrement distingué. Il ne s’est pas distingué non plus dans l’armée panaméenne. En revanche, il a une capacité extraordinaire à intégrer les services importants, notamment les services secrets. Il y intrigue suffisamment pour tisser sa toile et se créer des réseaux.

« Manuel Noriega réussi petit à petit à s’emparer du pouvoir et même à devenir le président de fait », souligne Alain Musset. D’abord, il soutien le général Omar Torrijos qui arrive au pouvoir en 1968 par un coup d’Etat. Mais le président Torrijos meurt en 1981 dans un accident d’avion. « Certains disent qu’il s’agissait peut-être d’un accident provoqué. Quoi qu’il en soit, pendant cette carence du pouvoir, Manuel Noriega réussi avec tous les pions qu’il avait accumulés à diriger de fait le pays ».

Noriega soutenu pendant des années par les Etats-Unis

Pendant cette période, Manuel Noriega est soutenu par les Etats-Unis. Il faut se replacer dans le contexte de ces années 1970/80, en Amérique Latine, où les régimes forts et autres dictatures voient dans toute opposition une menace communiste.

On est alors en pleine guerre civile au Nicaragua et au Salvador. Or, le Panama est un endroit stratégique pour les Etats-Unis. C’est là que passe le canal qui relie le Pacifique et l'Atlantique. Les Etats-Unis ont aussi des bases militaires dans le pays. Pendant des années, Washington se sert donc de Noriega jusqu'à ce que celui-ci devienne insoutenable. « En 1989, Manuel Noriega prend officiellement le pouvoir. Il en profite pour déclarer la guerre aux Etats-Unis. Et c’est ce qui va déchaîner les foudres de Washington », explique Alain Musset.

Des liens très étroits avec les cartels de la drogue

Entre-temps, Manuel Noriega a tissé des liens très étroits avec les cartels de la drogue. Comme le Panama a une frontière commune avec la Colombie, Noriega a profité du pouvoir pour s’acoquiner avec le puissant cartel de la drogue de Medellin. Son ancien pilote a raconté devant une commission d’enquête américaine que le cartel avait proposé au général 10 000 dollars pour que les avions des trafiquants puissent survoler le Panama en toute sécurité. Noriega leur a ri au nez. Le cartel de Medellin lui a finalement versé 100 000 dollars pour le premier vol, 150 000 pour le 2e et 200 000 pour le troisième.

Aux Etats-Unis, Manuel Noriega est condamné en 1989 à 40 ans de prison pour trafic de drogue. Une peine réduite à 17 ans qu'il purge à Miami. Il est ensuite extradé vers Paris, où il comparait aujourd’hui devant la justice française pour blanchiment de l'argent de la drogue.

Le Panama veut l’extradition de Noriega

Début juin, le Panama a officiellement demandé à la France l’extradition de Manuel Noriega. Là-bas, il a été jugé et condamné par contumace à 54 ans de prison. Les Panaméens suivent d'ailleurs le procès parisien avec un certain scepticisme, comme le note Ivan Pierre Julià, de l’Observatoire du droit panaméen et international : « Le sentiment de la population est que le procès français ressemble à une mascarade. Au Panama, il est tout de même condamné pour les délits beaucoup plus grave qu’en France ».

Si Manuel Noriega revient dans son pays natal, il n’ira pas en prison. Le gouvernement a voté une loi pour que tous les prisonniers de plus de 70 ans puissent rester en résidence surveillée. C'est un texte taillé sur mesure pour l'ancien homme fort du pays qui compte encore de nombreux soutiens dans la classe dirigeante.

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