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Journée d'étude ECD

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1 Journée d'étude ECD le Dim 3 Fév - 11:43

Projet de texte introductif à la Journée d’études de la Formation
Étude Comparative du Développement du 23 juin 2008
« Le développement exige-t-il des sacrifices ? »



Dans son premier livre Blanc consacré au réchauffement climatique et rendu public à Pékin le 5 juin 2007, le gouvernement chinois affirmait que « Les priorités d'un pays développé sont un développement fiable et l'éradication de la pauvreté ». Tout en évoquant les nécessités d’un « développement harmonieux », il s’agissait pour les autorités chinoises de rappeler à l’ensemble de la communauté internationale que les pays émergents ne peuvent pas sacrifier leur longue marche vers le développement sur l’autel de l’écologie et de la lutte contre le réchauffement climatique.
La nécessité de « faire des sacrifices » est devenu un leitmotiv des discours sur le développement, même si le caractère polysémique de cette notion conduit à des interprétations contrastées, pour ne pas dire contradictoires. L’exaltation du sacrifice et des efforts indispensables pour la construction d’une société future qui abolirait le règne du besoin a constitué une antienne de la propagande stalinienne en URSS puis dans les démocraties populaires. C’est ensuite les pays du « Tiers Monde » qui ont fait miroiter à leurs peuples la vertu de sacrifices douloureux mais salvateurs qui leur permettraient de rattraper leur retard en s’alignant sur les méthodes utilisées dans les pays du nord. C’est ce que constatait le rapport MacBride, présenté à la Conférence internationale de l’Unesco de 1980 pour critiquer l’inégalité des échanges culturels et informationnels entre pays riches et pays pauvres: « Les anciens modèles utilisaient la communication surtout pour la diffusion de l'information, pour faire comprendre à la population les “bénéfices” que promet le développement et les “sacrifices” qu'il exige. L'imitation d'un modèle de développement, fondé sur l'hypothèse que la richesse, une fois née, s'infiltrera automatiquement dans toutes les couches de la société, comprenait la propagation de pratiques de communication de haut en bas... Les effets ont été très éloignés de ce qu'on escomptait » (MacBride, 1980, p. 6). Ce type de discours est toujours d’actualité, au moins dans certains cercles radicaux. Pour prendre un exemple parmi d’autres c’est ce que rappellent les dirigeants du parti Jeunesse en Mouvement (JEM) dans leur récente lettre adressée aux citoyens de Brazzaville : « Mais la voie du développement exige efforts, courage et esprit de sacrifice. Les nations qui sont aujourd’hui à des niveaux enviables de développement ont emprunté le parcours de l’abnégation et du sacrifice » . Par bien des côtés, cette rhétorique rejoint celle des traditions religieuses et souvent s’y juxtapose et la complète : les souffrances d’aujourd’hui auront à la fois comme récompense l’avenir radieux promis aux générations futures et « a pie in the sky ».
Cependant, avec l’apparition d’une nouvelle idéologie fondée sur la notion de « développement durable », ce sont aussi les nations du Nord géopolitique qui ont été invitées à faire des sacrifices car, pour reprendre les termes du rapport Brundtland : « Grâce à notre « développement », nous avons accumulé des armes capables de modifier le chemin tracé de notre évolution et de transmettre à nos descendants une planète que nos ancêtres ne reconnaîtraient plus […] Aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, c'est une nouvelle ère de croissance économique, une croissance vigoureuse et, en même temps, socialement et environnementalement durable » .
En proposant aux étudiants de la formation Étude Comparative du Développement d’organiser une journée d’études sur le thème « Le développement exige-t-il des sacrifices ? », nous entendons réfléchir à la fois sur la notion de développement et sur celle de sacrifice pour mieux déconstruire les discours qui associent automatiquement les deux termes comme s’il n’y avait pas d’alternative. La thématique pouvant être traitée de différentes manières et avec une grande diversité de points de vue, nous envisageons la mise en place de plusieurs panels dans lesquels auront à s’inscrire les différentes contributions à la journée d’étude :

1) Développement économique et sacrifices sociaux : les impératifs d’un développement visant, au delà de la croissance, à promouvoir davantage de justice sociale ont souvent impliqués des mesures de confiscation de biens pour certaines catégories de possédants mais aussi pour certaines couches intermédiaires par exemple salariées. Quels en ont été les processus de décision et quel bilan peut-on en faire a posteriori ?
2) Développement et conservation : le développement du monde industriel a eu un impact très lourd par rapport à l’environnement local mais aussi des conséquences à long terme sur l’ensemble des ressources de la planète. Dans quelle mesure une gouvernance mondiale de ces ressources limitées est-elle justifiée à demander aux sociétés en cours d’industrialisation une prudence environnementale dont n’a pas fait preuve le monde aujourd’hui plus développé ?
3) Les objectifs du développement justifient-ils pour une période une limitation de la démocratie et des droits individuels et collectifs (par exemple en matière de propriété, de droits syndicaux, d’exercice de la démocratie au niveau local)?
4) C’est au nom de politiques de développement globalisées que l’on a essayé d’imposer des règles de fonctionnement qui n’étaient pas adaptées à des cultures « différentes » fondées sur des relations de pouvoir ou sur des équilibres économiques, sociaux et religieux incompatibles avec les recettes libérales du FMI ou de la Banque mondiale. Est-il justifié de vouloir tirer un trait sur les cultures locales au nom de l’universalisme supposé des règles économiques ?
5) La notion de modernité transparaît dans de nombreux discours sur le développement. Outre la transformation des structures sociales, elle justifie souvent aussi celle des territoires et des pratiques qui en découlent, au nom de l’adaptation aux nouvelles formes de production et de relation. Le patrimoine (urbain, architectural, environnemental, social…) devenu un enjeu des politiques d’aménagement entre l’État et la « société civile » peut-il être sacrifié au nom de développement ?

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